Le critère de Kelly donne la part de ta bankroll à engager à partir d'un edge que tu supposes connu : f* = (b·p − q) / b, où b vaut la cote décimale moins 1, p ta probabilité estimée et q = 1 − p. Avec une cote de 2,20, une probabilité estimée à 50 % et une bankroll de 1 000 €, on obtient f* = (1,20 × 0,50 − 0,50) / 1,20 = 8,33 %. Soit 83,33 € de mise, ou 41,67 € en demi-Kelly. Le calcul fait comme si p était certaine. Elle ne l'est jamais, et si tu la surestimes, la mise grossit d'autant.
Ce que Kelly cherche à optimiser
Le critère de Kelly ne calcule pas un gain espéré. Il te donne la part de ta bankroll qui fait grossir ton capital le plus vite possible sur une très longue série de décisions. On parle de taux de croissance géométrique.
Maximiser l'espérance d'un pari isolé, c'est autre chose. Viser son gain le plus probable aussi. Et ça change tout : avec un vrai edge, une fraction trop grosse freine la croissance au lieu de l'accélérer. Après une série de pertes, le capital remonte moins bien.
Kelly répond donc à une question étroite. Quelle part de la bankroll maximise la croissance composée ? Il ne répond pas à « combien je mets sur ce match ».
Ce que « optimal » ne veut pas dire ici. Kelly maximise un taux de croissance sur une infinité de répétitions théoriques. Il ne maximise ni le gain d'un pari, ni l'espérance sur un nombre fini de paris. Sur un historique court, une fraction plus petite que f* donne souvent un meilleur résultat final.
La formule en une ligne
Il te faut deux entrées, pas une de plus : la cote décimale et ta probabilité estimée.
b = cote décimale − 1
p = probabilité estimée, q = 1 − p
f* = (b·p − q) / b
Prends une cote de 2,20, une probabilité estimée à 50 % et une bankroll de 1 000 €. Tu as b = 1,20 et q = 0,50. Donc f* = (1,20 × 0,50 − 0,50) / 1,20 = 0,10 / 1,20 = 8,33 %. Ça fait une mise de 83,33 €.
Calcule la fraction de Kelly et la mise qui en découle
Saisis la cote proposée, ta probabilité estimée et ta bankroll.
Virgule ou point acceptés : 2,20 comme 2.20.
Ton estimation, qui doit venir d'une autre source que la cote elle-même.
Sert uniquement à illustrer la mise. Aucune donnée n'est enregistrée.
Résultat
- Fraction de Kelly
- 8,33 %
- Mise issue du calcul
- 83,33 €
- Mise à demi-Kelly
- 41,67 €
Attention :
La fraction dépend entièrement de ta probabilité estimée : une surestimation de p produit un surdimensionnement de la mise. Ce résultat n'est jamais une mise conseillée.
Tu peux aussi lire le même calcul autrement, comme sur la page value bet. Le numérateur, c'est la valeur théorique par unité misée. C'est la grandeur que détaille la page expected value : l'edge de +10 % sur cette cote, ou sa valeur théorique. Divise-le par b et tu retombes sur f* = 0,10 / 1,20. Une fraction de Kelly, au fond, c'est un edge remis à l'échelle de la cote.
Une formule née loin des stades
Kelly a publié cette formule en 1956, dans un article de théorie de l'information. Rien à voir avec le sport.
Thorp l'a ensuite appliquée aux jeux de hasard favorables. Le blackjack d'abord, puis les marchés financiers. C'est lui qui a formalisé la version fractionnée, comme réponse pratique à l'incertitude sur p. Les paris sportifs l'ont reprise telle quelle. La formule ne bouge pas. Seule la source de l'estimation change.
Pourquoi la croissance composée change la question
Si ton capital perd 50 %, il lui faut un gain de 100 % pour revenir au départ. Pas 50 %. La croissance géométrique tient compte de cette asymétrie. L'espérance arithmétique, elle, l'ignore complètement.
Si tu ne regardes que l'espérance d'un pari isolé, tu peux finir par engager une énorme part de ta bankroll dès qu'un edge apparaît. Dans ce calcul, un gain compense toujours une perte. La croissance composée d'une bankroll répétée ajoute une pénalité : la variance elle-même. Au-delà d'un certain point, même avec un edge positif, miser plus fait baisser la croissance. Kelly trouve l'équilibre entre l'edge et cette variance. C'est tout ce qu'il fait.
Pourquoi f* s'emballe au moindre écart sur p
La formule n'a qu'une source d'incertitude, la probabilité que tu saisis. Et elle la traite comme une certitude. Aucune estimation de terrain ne peut tenir cette promesse.
Quelques points de trop sur p suffisent pour passer d'une fraction raisonnable à une mise surdimensionnée. Garde la cote de 2,20. Si tu estimes la probabilité à 55 % alors qu'elle vaut 50 %, f* passe de 8,33 % à 17,50 %. Plus du double, pour cinq points d'écart seulement.
C'est cette sensibilité, plus que la formule, qui te rapproche du risque de ruine quand tu joues le Kelly plein.
Le cas f* ≤ 0 : sans edge, pas de mise
Quand ta probabilité estimée ne dépasse pas celle qu'exige la cote, f* tombe à zéro ou en dessous. La formule n'a alors plus rien à dimensionner. Ce n'est pas un bug. C'est le résultat normal dès que l'edge théorique n'est pas positif.
Toujours sur la cote de 2,20, estime la probabilité à 40 % au lieu de 50 %. L'edge bascule dans le négatif : b·p − q = 1,20 × 0,40 − 0,60 = −0,12, donc f* = −0,12 / 1,20 = −10 %. Aucune mise n'en sort. Ni positive, ni inversée.
Fais le test dans le calculateur plus haut avec ces 40 %. Tu ne verras pas « −10 % » s'afficher. Tu verras un bandeau qui dit qu'aucun edge positif n'existe avec ces valeurs. C'est le comportement que je préfère sur cette page, parce qu'un chiffre négatif à l'écran finit toujours par se voir prêter un sens qu'il n'a pas.
Un f* négatif ne veut pas dire « parie contre » ou « mise à l'envers ». Les paris sportifs n'offrent pas de position symétrique, contrairement à d'autres marchés. Un f* ≤ 0 veut juste dire : aucune mise, avec cette probabilité et cette cote.
Le Kelly plein, personne ne le joue seul
Le Kelly plein maximise la croissance théorique à long terme, au prix d'une variance énorme. Même avec un vrai edge, voir ta bankroll fondre de moitié ou plus reste statistiquement possible.
| Fraction engagée | Effet sur la croissance | Effet sur les baisses |
|---|---|---|
| Kelly plein (f*) | Croissance théorique maximale | Baisses de bankroll très marquées, même avec un vrai edge |
| Demi-Kelly (f*/2) | Environ les trois quarts de la croissance théorique | Baisses nettement réduites |
| Quart-Kelly (f*/4) | Croissance plus lente | Baisses limitées, bonne tolérance à une erreur sur p |
Le Kelly fractionné abandonne une partie de la croissance théorique. En échange, il te protège beaucoup mieux d'une erreur d'estimation, la seule variable que la formule ne sait pas mesurer. C'est la forme qu'on applique en pratique, justement parce que p n'est jamais aussi sûre que la formule le suppose.
Autre propriété contre-intuitive. Au-delà de f*, chaque fraction en plus réduit la croissance composée. À 2f*, elle tombe à zéro. Miser le double de la fraction calculée ne double donc pas ton gain potentiel. Ça ramène la croissance théorique à zéro, avec toute la variance d'une mise deux fois plus grosse.
« Kelly maximise le gain » : on l'entend souvent. Sauf que Kelly maximise un taux de croissance théorique, calculé sur une infinité de répétitions avec une probabilité supposée exacte. Sur un historique réel, fini, bâti sur une estimation approximative, une fraction plus petite que f* fait très souvent mieux.
Ce que le calculateur ne te dit pas
Le résultat du calculateur, c'est la fraction qu'implique ta probabilité. Pas une mise conseillée par OddScore.
OddScore ne produit pas de probabilité sportive indépendante du marché. La plateforme ne peut donc ni valider ni corriger le p que tu entres. Ta fraction vaut exactement ce que vaut ton estimation, comme l'edge d'une value bet dépend de la probabilité qui l'alimente. Ni la formule ni la plateforme ne peuvent garantir cette estimation à ta place.
Kelly face aux autres plans de mise
Kelly n'est qu'une façon parmi d'autres de dimensionner une mise à partir d'une bankroll. Il y a aussi la mise fixe, le pourcentage fixe, les progressions. Chacune pèse différemment sur le risque de ruine et sur l'ampleur des baisses.
Comparer les plans de mise, jugés sur le risque plutôt que sur un rendement promis →
Jeu responsable : aucune fraction, même calculée au centime, ne protège ta mise. Les paris sportifs comportent un risque de perte financière et présentent, selon l'Autorité nationale des jeux, le risque de jeu problématique le plus important au plan individuel parmi les activités régulées. Fixe-toi un budget, ne cherche pas à récupérer tes pertes et utilise les outils de limitation ou d'auto-exclusion disponibles. Besoin d'en parler ? Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13, 7 jours sur 7. En savoir plus sur le jeu responsable.
Passer à la pratique
Appliquez ce guide sur des cotes réelles.
Voir une lecture de marché
Un vrai match avec ses cotes, ses mouvements et son signal 0-100.
Ouvrir la démoCalculateur de marge
Mesurez la marge d'un bookmaker sur n'importe quel marché.
Calculer la margeCreuser le marché
Les mouvements de cotes ne sont qu'une partie de l'histoire. Voici les prochains sujets à lire.
Rentabilité et risque : le guide complet
Tout le paysage : profit, ROI, espérance, variance, échantillon, drawdown et risque.
Lire le guideValue bet : ce que l'écart mesure vraiment
L'edge que Kelly utilise sans jamais le calculer lui-même.
Comprendre le value betExpected value : l'espérance d'un pari
Ce que vaut un edge en espérance, avant de parler de taille de mise.
Comprendre l'EVVariance : pourquoi les résultats font le yoyo
Ce que le Kelly fractionné amortit sans jamais l'effacer.
Comprendre la varianceRisque de ruine : quand la bankroll s'épuise
Ce qu'une fraction de Kelly trop grosse peut déclencher.
Comprendre le risque de ruinePlans de mise : les méthodes côte à côte
La place de Kelly parmi les autres façons de dimensionner une mise.
Comparer les plans de miseQuestions fréquentes
C'est quoi, le critère de Kelly ?
Une formule qui calcule la part de ta bankroll à engager sur un pari, à partir de la cote et de ta probabilité estimée. Elle cherche la meilleure croissance d'un capital sur une longue série de décisions. Le gain d'un pari isolé ne l'intéresse pas.
Comment on calcule la fraction de Kelly ?
f* = (b·p − q) / b. Ici b est la cote décimale moins 1, p ta probabilité estimée et q = 1 − p. Avec une cote de 2,20 et une probabilité à 50 %, f* vaut (0,60 − 0,50) / 1,20, donc 8,33 % de la bankroll.
Kelly maximise-t-il le gain d'un pari ?
Non. Il maximise le taux de croissance géométrique d'une bankroll sur une longue série de paris répétés. Ni l'espérance d'un pari isolé, ni son gain le plus probable. Un pari calculé avec Kelly peut tout à fait perdre.
Et si f* est négatif ou nul ?
Alors tu ne mises rien. Un f* ≤ 0 veut dire que ta probabilité estimée ne dépasse pas celle qu'exige la cote. La formule n'a rien à dimensionner.
Pourquoi tout le monde parle de Kelly fractionné ?
Parce que la formule réagit très fort à la moindre erreur sur p, et p est presque toujours mal connue. Miser une fraction du f* calculé (la moitié, le quart) réduit nettement la variance. En échange, la croissance théorique ralentit.
Kelly protège-t-il du risque de ruine ?
Pas si ta probabilité est trop optimiste. Une estimation gonflée donne une fraction trop grande. Et c'est justement ce qui te rapproche de la ruine que la formule évite quand p est juste.
OddScore te recommande-t-il une mise avec Kelly ?
Non. Le calculateur affiche la fraction qui découle de la probabilité que tu saisis, rien de plus. Ce n'est pas une mise conseillée, et le résultat ne vaut que ce que vaut ton estimation.
Sources et méthode
Cette page repose sur l'article fondateur de Kelly sur le dimensionnement d'une mise répétée, sur les travaux de Thorp qui l'ont appliqué aux jeux favorables, et sur la méthode d'analyse des cotes d'OddScore. Le cadre français et l'aide aux joueurs viennent de l'ANJ et de Joueurs Info Service.
- Présenter la formule comme un calcul qui dépend d'une probabilité fournie par toi, jamais comme une mise recommandée par la plateforme.
- Traiter le cas f* ≤ 0 à part entière au lieu de le cacher derrière une mise à zéro.
- Laisser la page sur le risque de ruine développer la sensibilité à l'erreur sur p, sans la répéter ici.
- Parler surtout du Kelly fractionné, la seule forme utilisée en pratique, plutôt que du Kelly plein théorique.
- Kelly, J. L. (1956). A new interpretation of information rate. Bell System Technical Journal, 35(4), 917-926.
- Thorp, E. O. (1969). Optimal gambling systems for favorable games. Review of the International Statistical Institute, 37(3), 273-293.
- ANJ, Les paris sportifs
- Joueurs Info Service, aide et écoute pour les joueurs